Renaissance: Le jour où la carrière de Giancarlo Fisichella a rebondi

Que ce soit à cause de mauvais choix de carrières, d’accidents ou de facteurs extérieurs il arrive parfois que la carrière d’un pilote s’enfonce inexorablement vers les abîmes. Certains ne s’en relèvent pas mais d’autres, grâce au facteur chance ou à leur force mentale, parviennent à tirer profit de ses coups du sort. Aujourd’hui, à l’occasion du dix-septième anniversaire du mémorable Grand Prix du Brésil 2003, je vous raconte comment Giancarlo Fisichella a trouvé le chemin du succès.

La passion de la course automobile s’imisce très tôt dans la vie de Giancarlo Fisichella. Il a tout juste huit ans lorsqu’il débute la compétition en karting à l’aube des années 80. La piste de Guidonia, non loin de la capitale italienne où il a vu le jour en janvier 1973 devient son terrain de jeu favori. Le gamin est doué et gravit peu à peu les échelons jusqu’à décrocher le titre de champion d’Italie de F3 en 1994. En point d’orgue de sa saison il s’impose à Monaco devant le petit monde de la F1. Hélas cette belle victoire passe totalement inaperçue. Deux semaines auparavant, Roland Ratzenberger et Ayrton Senna ont perdu la vie sur le circuit d’Imola. Comme si ce n’était pas suffisant, à l’heure où il descend du podium à Monaco, le pilote autrichien Karl Wendlinger est entre la vie et la mort dans un hôpital niçois à la suite d’un terrible accident survenu en essais libres le jeudi matin. Autant dire que le nom du vainqueur de l’épreuve de Formule 3, tout le monde s’en fiche.

A 21 ans, Giancarlo n’en demeure pas moins déterminé et prend contact avec les écuries de Formule 1. La petite équipe Minardi lui ouvre timidement ses portes en l’engageant comme pilote d’essai. Il a beau descendre d’une noble famille sicilienne, il ne dispose pas d’une fortune suffisante pour lui offrir un baquet de titulaire.

Souhaitant assurer ses arrières et garder un pied en compétition il accepte sans hésiter l’offre que lui propose Alfa Romeo. En 1995 il participe au championnat DTM en gardant dans un coin de sa tête ses rêves de Formule 1.

Son intronisation a lieu le 10 mars 1996 à Melbourne. Désormais pilote de course chez Minardi il participe à son premier Grand Prix de Formule 1. Mais sa place est fragile. D’autres pilotes plus fortunés que lui l’obligent à céder son volant trop souvent à son goût. D’abord Tarso Marques, lors des deux épreuves sud-américaines du début de saison, puis son compatriote Giovanni Lavaggi à partir du Grand Prix d’Allemagne. C’est d’autant plus rageant qu’en seulement huit courses il a dominé assez nettement son équipier Pedro Lamy. Voir Lavaggi, de quinze ans son aîné, enchaîner les non-qualifications au volant de SA voiture le met hors de lui. Pourtant, en son for intérieur il le comprend tout à fait. Il vit son rêve lui aussi, et à trente-huit ans c’était sans doute sa dernière chance.

Fort heureusement son potentiel n’est pas totalement passé inaperçu. Eddie Jordan, en fin dénicheur de talent, l’a repéré et lui propose un contrat pour piloter aux côtés du débutant Ralf Schumacher en 1997. Le partenariat Jordan-Peugeot porte peu à peu ses fruits et les monoplaces irlandaises rivalisent de plus en plus souvent avec les top teams. Pour sa première saison complète il entre régulièrement dans les points et monte même deux fois sur le podium à Montréal puis à Spa-Francorchamps. Il rate de peu une autre deuxième place à Hockenheim à cause d’une crevaison en fin de course. Ce jour-là il est le seul à rivaliser avec la Benetton-Renault de Gerhard Berger.

Après une première saison aussi solide, son manager Flavio Briatore le place dans la Benetton. Il aurait pu croire que sa carrière allait franchir un cap supplémentaire en intégrant un top team. Il n’en fût rien. Renault ayant renoncé à un engagement officiel, l’équipe italienne décline saison après saison. Dans le même temps son ancienne écurie Jordan est en phase ascendante grâce à un nouveau partenariat moteur avec Honda. Damon Hill lui offre sa première victoire en 1998, tandis que Heinz-Harald Frentzen reste dans la course au titre mondial jusqu’à la fin de la saison 1999.

Dans le même temps celui que l’on surnomme désormais Fisico descend dans la hiérarchie saison après saison. Pas toujours constant il brille surtout sur certains circuits fétiches. Monaco où il décroche deux podiums en 1998 et 2000, Spa-Francorchamps, Interlagos et surtout Montréal avec trois podiums consécutifs en 1998, 1999 et 2000.

Sa quatrième saison chez Benetton en 2001 est catastrophique. Renault vient de racheter l’équipe pour s’engager en tant que constructeur à part entière à partir de 2002. Abonné aux fonds de grille il grapille tout de même quelques points de ci de là. Pas suffisant aux yeux de Flavio Briatore qui décide de se séparer de lui en fin d’année. Des désaccords contractuels entre les deux hommes n’ont pas davantage aidés à la prolongation de leur collaboration.

Avec l’arrivée de nouveaux talents comme Fernando Alonso ou Kimi Raïkkönen la côte de Fisico s’est sérieusement écornée. En cinq saisons et demi il court toujours après sa première victoire. En dehors de Ferrari, McLaren ou Williams prétendre au succès est une douce utopie et de toute façon les places dans ces trois équipes de pointe sont totalement verrouillées.

Une nouvelle fois son salut vient de Jordan qui cherche un pilote d’expérience pour épauler le jeune Takuma Sato que Honda lui impose contractuellement. Hélas Giancarlo Fisichella arrive une nouvelle fois à contre-temps. Les belles années Jordan ne sont plus qu’un doux souvenir. L’année 2002 ne lui procure que peu de satisfactions sportives. Il marque seulement sept points (la plupart sur ses circuits fétiches) et le fait d’avoir nettement dominé son équipier japonais est une bien mince consolation pour lui.

Un malheur n’arrivant jamais seul, Honda décide de concentrer tous ses efforts sur l’équipe BAR. Eddie Jordan se voit contraint de passer à un Ford-Cosworth client. Sans surprise le début de la saison 2003 n’est qu’une pale répétition de celle qui vient de s’achever… En moins bien.

C’est alors qu’arrive le troisième Grand Prix de la saison au Brésil. Le tracé d’Interlagos lui a souvent réussi par le passé mais avec la machine dont il dispose il ne se fait guère d’illusions. Grâce à une météo capricieuse il se qualifie tout de même sur la huitième place de la grille.

Le lendemain la course débute après une grosse averse qui a copieusement arrosé le ruban d’Interlagos. Les officiels ne souhaitent prendre aucun risque et donnent le départ sous régime de voiture de sécurité.

Au septième tour, alors que la course n’est toujours pas lancée, Giancarlo Fisichella rentre aux stands pour ravitailler en carburant et changer de pneus. En reprenant la piste il se retrouve avant-dernier juste devant son équipier Ralph Firman. Il allait pourtant prendre le véritable départ de la course aux avant-postes avec une huitième place quasi-inespérée compte tenu de la compétitivité de sa Jordan-Ford. Son espoir est de gagner du temps en effectuant un arrêt « gratuit » tandis que le peloton roule au ralenti. Le pari est osé mais il sait qu’à la régulière il se fera dépasser par des concurrents mieux armés que lui.

Le vrai départ est enfin donné après huit tours sous safety car. Coulthard prend immédiatement le tête au détriment du poleman Barrichello. Raïkkönen puis Montoya doublent également Barrichello. Au début du onzième tour Couthard perd successivement deux places en se faisant surpendre par son co-équipier au freinage des S de Senna puis en se faisant dépasser par Montoya quelques hectomètres plus loin. En milieu de peloton Ralf Schumacher et Jarno Trulli s’accrochent sans dommage majeur pour leurs voitures.

Dans des conditions d’adhérence précaires les positions changent plusieurs fois par tour. Rubens Barrichello, pourtant parti en tête, descend peu à peu au classement. Le voilà désormais sixième derrière son équipier Michael Schumacher, lui-même précédé par un surprenant Mark Webber sur Jaguar.

Dans le treizième tour, David Coulthard rend la monnaie de sa pièce à Montoya en lui reprenant la seconde place dans la remontée vers la ligne droite des stands. Les McLaren sont maintenant aux deux premières positions.

Homme le plus rapide en course, Michael Schumacher décide de passer à l’offensive à l’entame du quinzième tour. La Jaguar de Mark Webber est avalée dans les S de Senna, puis, après un dépassement de Montoya sur la trajectoire extérieure, voilà le champion du monde en troisième position.

La piste s’assèche tour après tour mais une importante coulée d’eau rend la Curva do sol particulièrement difficile à négocier. Le premier pilote à en faire les frais est le Britannique Justin Wilson, contraint à l’abandon après avoir perdu le contrôle de sa Minardi.

Toujours en avant-dernière position, Giancarlo aperçoit la monoplace noire de son concurrent en train de se faire évacuer par les commissaires de piste. En pilote expérimenté, il sait que ce genre de courses réussit aux pilotes prudents. Si tu évites les embûches tu pourras peut-être grapiller quelques points se dit-il en apercevant toujours la voiture jaune de son équipier dans ses rétroviseurs.

Mais alors qu’il aborde le freinage au bout de la ligne droite des stands, il voit subitement l’autre Jordan le déborder par la gauche à haute vitesse. La voiture de Firman le frôle mais fort heureusement ne le touche pas. Olivier Panis qui commençait à tourner à gauche pour négocier le premier des S de Senna n’a pas cette chance. Sa Toyota est percutée de plein fouet par la Jordan. Les débris de carbone jonchent la piste. Heureusement les deux pilotes s’extirpent sains et saufs de leurs épaves. Quelques secondes plus tard en apercevant le replay sur un écran géant Giancarlo comprend la raison de cet accident. Firman n’a commis aucune erreur de pilotage et a été victime d’un incident peu commun. Sa suspension avant-droite a subitement rompu rendant sa voiture totalement incontrôlable.

La voiture de sécurité est logiquement envoyée en piste. Pendant la neutralisation Fisico se pose des questions quant à une éventuelle fragilité de la suspension de sa propre voiture. Pour se rassurer il se dit que Ralph a du monter un peu trop sèchement sur une bordure causant la rupture de la pièce.

La plupart des pilotes profitent du ralentissement général pour s’engouffrer dans les stands. Lui reste en piste. Lorsque la voiture de sécurité s’efface au vingt-deuxième tour il a gagné quatre places. Douzième il est encore loin de la zone des points et la piste est toujours aussi piégeuse au niveau de la Curva do sol transformée en véritable rivière.

Au début du vingt-cinquième tour Juan-Pablo Montoya en fait les frais en partant en aquaplanning. Sa Williams-BMW vient s’encastrer contre le mur de pneus. A peine immobilisée, la monoplace bleue et blanche est percutée par la Jaguar d’Antonio Pizzonia. Le Brésilien a commis exactement la même erreur que son collègue colombien. Pour les deux hommes la sanction est identique : Grand Prix terminé et grosse frustration.

En l’espace de huit tours cette courbe désormais maudite va devenir un véritable cimetière de voitures. Du plus modeste au plus capé la liste des pilotes piégés va encore s’allonger. Même le grand Michael Schumacher ne fait pas exception en venant lui aussi taper ce mur de pneus pour la plus grande frayeur des commissaires présents sur place.

A chaque passage dans ce virage N°3 Giancarlo se montre extrêmement prudent. Il peut apercevoir de manière furtive le pauvre Antonio Pizzonia saluer son public au moins aussi déçu que lui. Il voit également la Ferrari du champion du monde privée d’aileron arrière. La présence d’un énorme engin de chantier à quelques mètres de toutes ces épaves nourrit un peu plus sa crainte de partir à la faute.

Finalement, après de longues minutes d’hésitation la direction de course se décide enfin à renvoyer la voiture de sécurité en piste. De quoi souffler un peu avant d’entamer la dernière partie de la course. Après l’arrêt au stand du leader Raïkkönen, David Coulthard mène désormais l’épreuve devant Rubens Barrichello remonté aux avant-postes. Fisico est revenu dans la zone des points avec la huitième place provisoire.

La neutralisation est courte et la reprise des hostilités tout autant. Au trentième jour le pilote Jordan voit Jos Verstappen partir en tête-à-queue juste devant son museau. Le Néerlandais venait tout juste de le dépasser, tout comme Kimi Raïkkönen. Puis c’est au tour de Jenson Button de sortir violemment de la piste. Inutile de préciser à quel endroit du circuit. Le choc est plus violent que pour ses infortunés prédécesseurs. Le pilote Bar-Honda est parvenu à éviter le tête-à-queue en passant sur la flaque d’eau mais la dérobade de son train arrière l’envoie de face et à haute vitesse directement contre le mur de pneus.

La réponse des officiels ne se fait pas attendre. Pour la quatrième fois de l’après-midi la course est neutralisée. Sous son casque Fisico se demande comment tout cela va se terminer. L’abandon de Button et l’arrêt au stand de Webber le prosulsent au sixième rang. Une place inespérée pour lui et sa modeste monture si les conditions s’étaient montrées plus clémentes.

Au retour du drapeau vert, Raïkkönen passe à l’offensive. Déchaîné il passe dans le même tour Fernando Alonso puis Ralf Schumacher. Le voilà remonté sur le podium provisoire de ce Grand Prix complètement dingue. A 23 ans et tout juste auréolé de son premier succès en F1 quinze jours auparavant à Sepang, le Finlandais s’affirme comme le digne successeur de Mika Häkkinen.

Au quarante-deuxième tour Fernando Alonso est pénalisé d’un drive through. C’est dommage pour le jeune espagnol qui venait de ravir la quatrième place à Ralf Schumacher après un magnifique dépassement par la ligne extérieure. Mais cela arrange bien les affaires de Fisichella qui gagne encore une position.

Trois tours plus tard une immense clameur se fait entendre tout autour du circuit d’Interlagos. Rubens Barrichello, l’enfant du pays, vient de prendre la tête de la course en profitant d’une petite erreur de Coulthard dans les S de Senna. Hélas la joie sera de courte durée pour les supporters du pilote Ferrari. Victime d’un problème de distribution d’essence il doit renoncer.

Quatrième, Giancarlo se retrouve maintenant au pied du podium. Si les choses pouvaient en rester là il serait le plus heureux des hommes. Devant lui Ralf Schumacher lui offre la dernière place provisoire du podium en s’arrêtant au stand pour chausser des gommes neuves et ravitailler en carburant.

Maintenant il joue dans la cour des grands avec sa modeste Jordan-Ford. La perspective d’un grand résultat semble lui donner des ailes. Raïkkönen, deuxième, n’est qu’à deux secondes devant lui. Comme transcendé par l’enjeu il fait jeu égal avec la McLaren. Il fait même mieux puisqu’il remonte peu à peu sur elle. En cinq tours il est revenu dans ses échappements.

Crânement il va tenter sa chance. L’enjeu est immense puisqu’ils luttent tous les deux pour la première place. David Coulthard vient de s’arrêter pour changer ses pneus. L’occasion se présente très vite. Le Finlandais passe un peu au large sur une plaque d’humidité. Fisico s’engouffre immédiatement dans la brèche et passe la McLaren. Dans le stand Jordan on exulte. La sympathique équipe irlandaise a déjà connu l’ivresse de la victoire mais depuis trois saisons elle sombre peu à peu dans les profondeurs du classement. Cette lutte en tête est aussi inattendue que revigorante pour Eddie Jordan et ses hommes.

Non content d’avoir pu passer Raïkkönen, Giancarlo parvient même à le distancer. Il reste dix-sept tours à couvrir et il va devoir encore ravitailler avant l’arrivée. A la régulière la victoire semble promise à Coulthard. Mais il était écrit que ce Grand Prix du Brésil déjouerait tous les pronostics.

Soudain la Jaguar disloquée de Mark Webber apparaît sur les écrans de télévision. Les débris et les pneus de la monoplace verte jonchent la piste au niveau de l’entrée de la voie des stands. Arrivant sur les lieux du crash, Fisichella et Raïkkönen zigzaguent entre les débris. Fernando Alonso n’a pas cette chance. Sa Renault vient percuter à pleine vitesse une roue posée en pleine trajectoire. Le choc est violent et envoie la voiture française contre le mur. Le rebond est tout aussi violent. Après une impressionnante série de 360° il s’immobilise enfin en s’écrasant contre le mur de l’autre côté de la piste. L’Asturien est sonné et peine à sortir de son cockpit. Il boîte et doit s’asseoir à même le sol appuyé contre le mur pour reprendre ses esprits.

Sans délai le directeur de course brandit le drapeau rouge. Plus de 75 % des tours ont été bouclés. La course ne reprendra pas.

Les dernières voitures survivantes de ce Grand Prix à éliminations viennent se ranger devant les stands. A la radio on a signifié à Giancarlo que la course était définitivement terminée.

Le contraste est saisissant entre les mécanos de Jordan qui se congratulent et s’embrassent et le pauvre Fernando Alonso allongé sur la piste tandis que les médecins s’occupent de lui. Son cas ne semble pas grave mais il est tout de même évacué sur une civière par sécurité.

A peine descendu de son cockpit, comme un signe de mauvaise augure, la Jordan du pilote italien se met à prendre feu. Le sinistre a pour origine les échappements surchauffés. Heureusement il est vite maîtrisé par les commissaires. Persuadé d’avoir enfin gagné son premier Grand Prix il lance son casque en l’air avant de venir se jeter dans les bras de ses mécaniciens. Leur joie est sincère et fait plaisir à voir. On a toujours un faible pour le petit lorsqu’il terrasse le gros.

Pourtant le doute arrive très vite. On le voit sur les visages des hommes en jaune dont les sourires s’estompent peu à peu. Eddie Jordan au téléphone demande si son pilote est 1 ou 2. Les officiels de la FIA approchent et semblent confirmer la victoire de Raïkkönen. Fisico n’aurait pas eu le temps de passer la ligne d’arrivée au moment de l’interruption de la course et comme le classement est arrêté aux deux tours précédents il était encore derrière la McLaren à ce moment-là.

Quelques minutes plus tard le classement officiel apparaît sur les moniteurs : 1. Raïkkönen- 2. Fisichella – 3. Alonso.

Le Romain est décomposé, terriblement déçu. Encore une occasion manquée se dit-il. Le pas lourd il se dirige pourtant vers le podium. Une cérémonie un peu étrange avec un Raïkkönen hilare à côté d’un Fisichella au visage fermé et personne sur la troisième marche puisque Fernando Alonso est en route vers l’hôpital.

Les choses auraient pu en rester là mais trois jours plus tard un nouveau classement est diffusé par la FIA. Après analyse il s’avère que le Romain avait bien franchi la ligne avant le drapeau rouge. C’est lui le vainqueur de ce Grand Prix du Brésil totalement fou. On lui a volé la célébration de cet événement tant attendu par tout pilote de F1 mais l’essentiel est là. Il devient le quatre-vingt treizième vainqueur de l’histoire de ce sport. Signe du destin cela arrive à l’occasion du deux-centième Grand Prix de l’équipe Jordan.

Ils ne le savent pas encore à cet instant mais ce sera le dernier succès de l’équipe et aussi le dernier succès d’un moteur Ford.

Lors du Grand Prix suivant à Imola une petite cérémonie est improvisée en présence de Giancarlo Fisichella et Kimi Raïkkönen. Devant les caméras et les objectifs ce dernier rend la coupe du vainqueur à l’Italien. Ce n’est pas un vrai podium mais c’est mieux que rien. Et au moins on se souviendra longtemps de sa première victoire en Grand Prix!

Ce succès inattendu va permettre à Fisichella de retrouver grâce aux yeux des patrons de F1 qui, il faut bien le dire, l’avaient un peu enterrés. C’est Peter Sauber qui rafle la mise en l’engageant dans son équipe pour la saison 2004. Aux côtés de Felipe Massa, il va régulièrement rentrer dans les points au volant d’une Sauber C23 largement inspirée de la Ferrari F2003-GA de l’année précédente.

Alors que Flavio Briatore est à la recherche d’un nouveau pilote pour la saison 2005 après avoir viré Jarno Trulli comme un malpropre, le nom de Fisichella figure en haut de sa liste. Il ne peut refuser l’offre de piloter une voiture potentiellement capable de remporter des courses.

La Renault R25 est mieux que ça puisqu’elle s’avère être la monoplace la plus performante de la saison. Dès la première course à son volant il signe la pole position et décroche sa deuxième victoire en carrière. Cette fois rien ne l’empêche de la célébrer au champagne. La suite de la saison ne sera pas aussi solide et il terminera au cinquième rang avec 58 points. Il s’agit bien sûr du meilleur classement de sa carrière mais si l’on considère que le champion du monde 2005 n’est autre que Fernando Alonso, son équipier, le résultat est beaucoup moins flatteur. L’Espagnol aura marqué 133 points et signé sept victoires dans le même temps.

Ayant toute de même contribué au titre mondial de l’équipe Renault il est reconduit par Flavio Briatore pour la saison 2006. Fernando Alonso réussit le doublé en décrochant un deuxième titre mondial. Giancarlo gagne une place au classement général grâce à une belle régularité dans les points (72 marqués). Cette saison 2006 lui permet d’agrémenter son palmarès d’une troisième victoire à Sepang.

Alonso parti chez Mclaren, il rempile pour une troisième saison avec Renault en 2007. Pour l’équipe d’Enstone c’est la fin d’un cycle victorieux. Incapable de décrocher le moindre podium il se classe huitième du championnat juste derrière son équipier Heikki Kovalainen. Sans surprise il est remercié à la fin de la saison.

Il échoue alors chez Force India, l’équipe la moins performante du plateau 2008. C’est un peu un retour aux sources pour lui puisqu’il s’agit de la structure vendue par Eddie Jordan à la fin de la saison 2005. Ni lui, ni Adrian Sutil ne parviendront à marquer le moindre point durant cette année chauchemardesque.

Pas décidé à quitter la F1 pour autant il rempile pour une saison supplémentaire. La Force India VJM 02 n’est guère plus performante que la précédente. Pourtant un miracle survient à l’occasion du Grand Prix de Belgique. Son déficit chronique d’appuis aérodynamiques devient un atout sur ce tracé rapide et c’est une magnifique surprise que de le voir signer la pole position le samedi après-midi. Pas loin de concrétiser le dimanche il décroche tout de même une très belle deuxième place derrière la Ferrari de Raïkkönen.

Le destin va une nouvelle fois unir ces deux hommes quelques jours plus tard. Lassé des performances catastrophiques de Luca Badoer, pilote remplaçant Felipe Massa depuis son accident de Budapest, Stefano Domenicali propose à Fisico de terminer la saison au volant de la F60. Certes c’est une monoplace complètement ratée malgré la récente et unique victoire de Raïkkönen à Spa mais en bon Italien il ne peut refuser une telle offre. Et ce ne sont pas les perspectives d’un nouveau bon résultat avec la Force India sur le circuit rapide de Monza qui pourront le faire changer d’avis.

Le bilan de cette collaboration de cinq courses avec Ferrari ne sera pas à la hauteur de ses attentes, loin s’en faut, puisqu’il ne marquera aucun point et végètera en fond de grille. A presque 37 ans il ne pilotera plus jamais en course mais sera conservé comme pilote de réserve par Ferrari. Ainsi s’achèvera, de manière assez piteuse, la carrière en F1 d’un pilote éminemment sympathique, doté d’un solide coup de volant mais trop inconstant pour prétendre à jouer un championnat sur la durée d’une saison.